Notre engagement
- AuxSoleils DeManan
- 9 janv.
- 6 min de lecture
Vous avez été un certain nombre à venir visiter notre modeste pépinière cette année et nous vous en remercions. C’est le moment privilégié pour répondre à vos questions, pour réaliser un réel échange tant il est notable que les passionnés de botanique sont légion. Autrui nous enrichit pour peu que l’on veuille bien l’écouter… Bien souvent, notre petit coin de paradis emporte votre ravissement, ce dont nous ne sommes pas peu fiers. En effet, au commencement…il y avait la vigne. Une parcelle en plein vignoble de Buzet, entourée de bois. La vigne arrachée, nous nous sommes attelés à réfléchir sur l’organisation spatiale de la future pépinière.
En premier lieu, nous avons tenu compte des micro climats existants sur la parcelle. Les premiers mini vergers où sont plantés nos pied-mères sont adossés aux bois situés au Nord et à l’Est de la parcelle. Nous avons tenu à parfaire cette situation géographique en plantant des haies en bord de verger de manière à créer des U ouverts au plein Sud. Cet aménagement de l’espace est parfois appelé piège à chaleur.
Dans la même veine, nous avons plantés autour des points d’eau artificiels que nous avons creusé. Cette masse d’eau, plus ou moins importante selon les cas, constitue un piège à calories fort appréciable en hiver.
Cela, c’est ce que l’on maîtrise, ou plutôt ce que nous souhaitons maîtriser. Et puis, il y a les surprises, parfois mauvaises (ces fausses bonnes idées…) où l’on apprend, et parfois les bonnes. En l’occurrence, durant la terrible année 2022, caniculaire à souhait et sèche à l’extrême, nos agrumes n’ont pas, en grande majorité, fructifié. En revanche, les agrumes plantés près des bassins ont produit autant que d’habitude. En effet, durant la nouaison, un taux d’hygrométrie minimum est requis. Vous pouvez toujours arroser mais l’air doit receler un minimum d’humidité.
Donc, en cas de canicule en juin (comme à nouveau en 2025), n’hésitez pas à bassiner l’ensemble de l’arbre plutôt que de vous contenter d’un arrosage à l’aplomb des branches.
L’autre point qu’il nous a fallu aborder de manière incontournable, c’est l’eau. Nous n’avons pas de ce précieux liquide de vie sur notre parcelle : pas de source, de rivière ou de puits.
Donc nous avons créé des bassins de récupération de l’eau de pluie. Là encore, 2022 a été une année terrible, mais nous l’avons passé tant bien que mal. Cette année, alors que la canicule sévissait, nous sommes parvenus à mieux gérer le précieux liquide alors même que les arbres sont plus nombreux et plus développés. C’est notre travail incessant en sol vivant qui a porté ses fruits. Une analyse de la vie du sol de notre premier verger effectuée en janvier dernier a recensé la présence attendue de bactéries certes, mais aussi de mycorhizes, de protozoaires et de 2 types de nématodes utiles. Une belle couche d’humus s’est formée et les vers de terre sont nombreux. Le « sol éponge » se met en place et aide grandement à mieux passer les extrêmes climatiques.
Mais toutes nos actions en matière de gestion de l’eau n’ont pas été probantes. Armé de notre niveau égyptien, fièrement fabriqué de bois de récupération, nous avons pu délimiter des courbes de niveau et y établir des baissières. Or, la culture des agrumes sur les buttes surplombant les fossés s’est révélée finalement inappropriée car sujette au phytophtora. Encore une fausse bonne idée.
Les arbres prospèrent, pas assez vite à notre goût forgé d’impatience et d’attentes ambitieuses. Mais ils prospèrent. Les visites de la pépinière sont l’occasion immanquable d’aborder la question de la fertilisation. Depuis le tout début, nous n’utilisons que des produits UAB. Actimus, Patentkali, Nutribio, poudre de basalte sont les mamelles de notre plan de fertilisation. Merci aux clients qui nous font ces retours positifs sur leurs anciens citronniers des 4 saisons ou orangers sans nom des grands parents qui ont été « sauvés » par ces fertilisants. Comme je le dis souvent, je ne suis pas professeur d’agrumes, je peux juste témoigner de nos pratiques, bonnes et mauvaises, et les partager.
Notre approche résolument écologique s'exprime également en ce qui concerne la lutte contre les ravageurs. Notre premier niveau d’intervention, préventif, est le recours aux insectes auxiliaires. Acariens carnivores, espèces diverses de coccinelles, larves de chrysopes, pièges à phéromones sont à l’œuvre, surtout dans nos serres. Pour le reste, à l’extérieur, la taille et les mésanges assurent de bonnes conditions de culture.
Le deuxième niveau d’intervention, en cas de trop grosse présence d’intrus, consiste à mélanger 5 cuillers à soupe de savon noir mélangées à 1 litre d’eau de pluie, le tout pulvérisé le soir ou lors d’une journée sans soleil. Enfin, de guerre lasse, en cas de forte infestation, nous pulvérisons un produit à base d’huiles essentielles…d’orange. Mais c’est vraiment en dernier recours car l’utilisation d’un tel produit, même s’il est bien évidemment UAB, est un crève-cœur car il s’attaque indifféremment aux insectes nuisibles comme aux auxiliaires.
La présence éventuelle d’acariens ou autres insectes piqueurs suceurs sur nos plants s’explique donc par notre approche résolument préservatrice de notre environnement. Nous ne luttons pas contre, nous faisons avec. Nous recherchons juste à maintenir des équilibres durables et acceptables.
Au rayon des fausses bonnes idées, nous avons eu la douloureuse expérience du walipini. Enfin, de notre serre semi-enterrée pour être plus précis, tant notre ouvrage diffère des véritables walipinis. La faute à un terrain en pente (pour avoir 2 m en aval, vous avez un fronton de pelote basque en amont), la faute à notre incapacité à trouver des professionnels acceptant ce chantier à un prix abordable pour nos finances, la faute à notre manque d’anticipation. Résultat : nous avons un magnifique ouvrage d’un bitunnel coiffant une fosse artificielle de 2 mètres (merci DDS !). Nous avons poussé l’exigence jusqu’à nous équiper d’une belle domotique (encore merci DDS et Samir !!!). Mais ce magnifique outil de travail n’est pas hors gel car la géothermie n’opère pas ou alors insuffisamment. Des solutions existent mais elles devront impliquer de nouveaux investissements à l’avenir, quand nous en aurons les moyens.
Ces déboires, inévitables dans ce genre d’expérience et pour des personnes dotées de leurs seules passion et volonté à la base, ne nous détourneront pas de nos exigences environnementales. Nous nous sommes engagés dans la voie de la certification AB en 2025. Nous sommes dès cette année en transition AB comme prévu dans le cahier des charges de l’Agriculture Biologique. Et nous persévérerons dans cette voie, coûte que coûte. Les visiteurs de notre pépinière le vivent comme une évidence nous semble-t-il.
Et maintenant ? Quels sont les projets, les objectifs ?
Premièrement, nous sommes en train, depuis plusieurs mois, de cultiver patiemment un levain du microbiote de notre parcelle. Ainsi, dès ce printemps, nous allons ensemencer de microorganismes issus de notre parcelle un panel représentatif de nos porte-greffes, plants et pied-mères. En effet, actuellement, tous nos plants sont ensemencés de mycorhizes et d’azotobacter. Mais ces souches sont issues d’une production du sud-est de la France. Elles ne correspondent pas forcément aux conditions pédoclimatiques de notre Sud-Ouest, du Lot-et-Garonne, du Pays d’Albret.
En outre, il ne s’agit pas ici que de bactéries et de champignons mycorhiziens. Il y a les principaux acteurs bénéfiques du sol, développés en milieu aérobie, qui permettront de lutter contre les pathogènes, de fertiliser, de faciliter l’absorption des nutriments, de décompacter les sols, de fabriquer de l’humus, d’améliorer la rétention d’eau… Bref, il s’agit ni plus ni moins que de contribuer à restaurer et développer la micro biologie du sol.
Deuxièmement, nous venons d’acquérir une nouvelle parcelle jouxtant notre pépinière. Cette parcelle verra la création d’un verger diversifié et autonome. Nous allons y multiplier les expériences pédologiques, les associations végétales… dans le but de parvenir à terme à un verger productif diversifié, intégrant massivement les agrumes, conduit en agriculture biologique et totalement autonome, sans besoin d’intrants d’aucune sorte.
Pour ces deux objectifs, nous nous associons au pôle aggradation des sols de la coopérative Tera. L’idée est de créer un véritable partenariat pédologique profitable au pôle, à la pépinière et à nos clients qu’ils soient particuliers (à travers l’acquisition de plants cultivés de cette manière) ou professionnels (possibilité de cultiver le levain du microbiote de la parcelle de destination, ce qui facilite grandement l’implantation future des plants sur la parcelle, possibilité d’être accompagné dans la mise en œuvre de cette méthode de culture innovante, possibilité de suivre une formation sur le microbiote du sol).
Voici, en quelques phrases, le résumé de notre histoire passée, celle que nous sommes en train de vivre et celle que nous essayons de construire avec vous. Venez visiter notre pépinière, partageons nos expériences végétales, découvrez ce merveilleux monde des agrumes. Tout ceci est notre moteur et notre motivation.
Très bonne année à tous.
